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Autor: Octavian Curpaş         Publicat în: Ediţia nr. 587 din 09 august 2012        Toate Articolele Autorului

Octavian CURPAŞ - LE RETOUR À SAINT-GERVAIS
 
 
 
 
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Toutes les choses pleines de souvenirs degagent un rêve  
qui nous enivre et nous fait flâner longtemps ... ”  
(Victor Hugo)  
 
Le rêve americain de Dumitru Sinu est devenu realite plusieurs annees après son depart de Roumanie. De longs pèlerinages, en commençant par les camps des refugies de Yougoslavie et d'Italie, ensuite l'aventure française, qui a eu son impact le plus puissant, le Canada avec ses leçons de vie et ensuite les États-Unis ont reuni dans son âme des souvenirs que les ailes du temps n'ont jamais reussi " effacer. Il raconte tous ces souvenirs avec plaisir si on a l'occasion de lui en parler. Moi, chaque fois que j'ai eu le privilège de l'ecouter, j'ai eu le sentiment d'être le spectateur fidèle en train de regarder un feuilleton inedit, le feuilleton d'une vie tumultueuse où la realite, l'aventure et l'esprit s'harmonisaient parfaitement.  
 
J'ai eu mes raisons d'utiliser la phrase de Victor Hugo en guise de sous-titre, car tout ce que je vais reveler ici est d" au souvenir, un souvenir sans egal reste dans l'âme de mon ami sur un endroit, sur un pays qui avait ete pour la plupart de sa vie de refugie sa seconde patrie : la France!  
 
Il a toujours invoque les bons temps passes en France dans ses conversations avec ses amis et les personnes qu'il connaissait. En plus, il a eu la chance extraordinaire de connaître tant de gens interressants, de jouir de la presence de quelques personalites culturelles connues, de nourir son esprit selon les caprices de son âme, ce qui rendait le temeraire octogenaire vraiment chanceux encore une fois.  
 
Le voil" aux États-Unis, marie " une femme distinguee d'origine française, avec une fille superbe nee " Montreal et un fils ne " Los Angeles, tout ça pour achever son rêve et pourtant, souvent, dans les conversations avec ses amis, (ses amities avaient toujours ete nombreuses et de qualite), Dumitru Sinu vivait avec la nostalgie des annees passees en France, particulièrement " Paris, la ville unique au monde, de son point de vue et de beaucoup d'autres qui ont go" te pleinement " sa generosite.  
 
L'idee de revenir en France se precisait petit " petit. Il desirait tant que le pays de Voltaire ouvrît les horizons de la connaissance " ses enfants et que ceux-ci e" t la chance de bien apprendre le français et de decouvrir la culture du peuple français justement en France. Anime par de nobles intentions, avec de beaux souvenirs dans son âme et sans trop reflechir " d'autres aspects qui auraient pu mettre eneevidence les eventuelles inconveniences de cette nouvelle aventure, mon vieux Miticã prend un jour sa famille et part pour Paris.  
 
Miticã, tu n'es pas venu en France, tu as quitte l'Amerique!  
 
Le retour " Paris lui a donne l'occasion de revoir ses chers amis et d'inspirer paisiblement le parfum des souvenirs ... Il y avait joui de la presence, du soin et de l'amitie de la famille Bunescu, il avait participe " de nombreuses actions culturelles où il avait entendu les voix de quelques intellectuels importants, ecrivains et philosophes de la diaspora et d'autres encore. Tous les acquis du passe dont il se souvenait toujours avec plaisir, lui avaient ete très utiles dans son experience ulterieure canadiano-americaine, experiences qu' il gardait comme des tresors.  
 
La rencontre avec Cornel Crişan, l'un de ses amis avec lequel il a passe la frontière Serbe, va changer son chemin, en attirant son attention sur Saint-Gervais, la localite que son ami lui avait conseille de choisir et où il allait rester pendant huit ans avec sa femme et ses deux enfants.  
 
Quand ils se sont revus, Cornel s'est rejoui mais il n'a pas hesite de lui demander etonne: “Mais qu'est-ce que tu as fait, Miticã?” “Je suis revenu en France!” a t il repondu. “Miticã, tu n'es pas venu en France, tu as quitte l'Amerique!”- a replique Crişan d'un ton affirmatif, pareil " un professeur qui annonçait d'une manière inebranlable une verite absolue, poussant son etudiant vers la reflexion.  
 
“C'est une grande chose que de quitter l'Amerique” m'expliquait cette fois Miticã.“ L'Amerique, c'est l'Amerique! Si tu vas dans n'importe quel pays du monde et tu demandes aux gens où ils voudraient habiter, la plupart vont te dire en Amerique! Je n'ai pas quitte l'Amerique si facilement!” Pourtant il a renonce, mais pas pour toujours, il a accompli son desir d'eduquer ses enfants " l'esprit de la culture française, et encore de revoir la France et les gens merveilleux qu'il a rencontre l" -bas.  
 
Saint-Gervais: un nouveau commencement?  
 
Cornel Crişan avait fini ses etudes universitaires en France et " cet epoque etait ingenieur " Paris. Il etait content que Miticã soit revenu et il lui a conseille de rester " Saint-Gervais, une superbe petite station, nichee au coeur des Alpes, au pied du Mont Blanc, où l' on peut entendre les voix des trois civilisations voisines: la France, la Suisse et l'Italie. Rapidemment, Cornel va suivre Miticã et va demenager " Saint-Gervais avec sa femme et leurs cinq garcons.  
 
Village coquet, aux bâtiments construits dans le style architectural particulier du debut du XXe siècle, avec de petites rues pavees propres et un air de bourg Suisse, le tout ayant l' arome du parfum français et la gaite propre aux italiens du voisinage, la petite ville des Alpes a ete particulièrement accueillante avec Dumitru Sinu et sa famille.  
 
Dès son arrivee " Saint-Gervais, la chance sourit " mon vieux Miticã: la première personne qu' il rencontra etait un citoyen français qui se trouvait devant sa maison et ... fauchait l'herbe. Pousse par la nostalgie des etes de chez lui, " Sebesul de Sus, quand il allait faucher avec sa famille, Miticã s'est approche du Français, et lui demanda la permission d'ecouter sa faux. Avec une precision formidable et un plaisir qu'il n'avait plus senti depuis longtemps, il ondoya la pierre " aiguiser sur le tranchant qui allait couper le soupir de l'herbe, tout en continuant " discuter avec le Français reste bouche-bee: il n'avait jamais vu quelqu'un aiguiser une faux sans au moins regarder le tranchant d'acier. Ensuite il lui a demande la permission de faucher et en la maniant avec beaucoup de finesse, il a vite gagne la sympathie et l'amitie du vieillard.  
 
En lui confiant qu'il desirait s'etablir " Saint-Gervais avec sa femme et ses deux enfants, mon vieux Miticã reçoit sur place l'invitation d'habiter dans la maison du Français. Il s'y installa et resta huit ans. “ Je ne payais que 200 dolars par mois”- dit Miticã. Toute cette periode il s'est très bien entendu avec le Français qui dînait tous les jours avec eux; Madame Nicole cuisinait très bien, c'etait un vrai cordon-bleu.  
 
Le proprietaire etait un veritable communiste et disait " Dumitru Sinu: “nous sommes des communistes depuis longtemps! Nous avons cree la Chambres des Communes!” Mon ami l'ecoutait sans le contredire, (tres diplomate !), et après quelques annees il lui offrit en cadeau une excursion en Russie. Le Français en est revenue deçu; il avait voulu voir comment vivaient les ouvriers sovietiques et l'image qu'il avait sur le communisme semblait pâlir. Il avait raconte beaucoup de choses " Miticã. Chaque histoire avait une ombre qui couvrait petit " petit ce qu'il avait idealise. Sympathique et aimable, le Français recompensa Miticã pour son cadeau (l'excursion en Russie) avec un cadeau inedit: un pot de caviar.  
 
“Je veux que mes heritiers apprennent la langue de Voltaire!”  
 
Pour legaliser sa presence en France, dès son installation " Saint-Gervais, Dumitru Sinu contacta les autorites locales. Il sollicita auprès de la mairie un visa. “Pourquoi voulez-vous habiter ici “? fut la question mefiante du maire de Saint-Gervais. “Je desire que mes heritiers apprennent la langue de Voltaire. Notre sejour ici vous rend un grand service!” repliqua du tac au tac le Roumain . Le maire, un homme drole, n'a pas hesite " plaisanter: Il y a quelqu'un ici qui balaye ... il s'appelle Voltaire! Et il le montra du doigt " Miticã " travers la fenêtre. Mais il a ete aimable, approuva leur demande de visa, et ensuite, durant tout leur sejour " Saint-Gervais, leur facilita chaque annee, l'obtention dudit visa, en evitant de les faire aller " Paris.  
 
A Saint-Gervais, les habitants etaient plus accueillants qu'" Paris. Ils se connaissaient tous, et une fois leur sympathie gagnee, on etait l'un d'eux. La plupart des gens avaient des proprietes " la montagne et " la plaine aussi. Ils coupaient du bois, travaillaient beaucoup, mais savaient se distraire aussi et, Dieu merci, il avaient les moyens de le faire!  
 
Saint-Gervais : une oasis de calme, fraîcheur et tranquilite!  
 
Tout au long de l'annee, dans la ville touristique de Saint-Gervais arrivaient beaucoup de visiteurs qui, en hiver, jouissaient du privillège de skier ou patiner, et, en ete, profitaient pleinement de l'air frais de la montagne et de la possibilite de pratiquer en pleine liberte l'alpinisme ou d'autres sports extrêmes.  
 
La proximite du Mont Blanc, (le plus haut sommet des Alpes et de l'Europe avec une altitude de 4810 m.,) et l'emplacement de la ville " une altitude de 850 m., offrait " ses visiteurs des opportunites illimitees de repos et de pratique des sports blancs, sur les pistes amenagees pour le ski. Ce milieu etait " peu près familier " mon vieux Miticã car il etait ne au pied de la montagne et avait vecu la première partie de sa vie dans son village natal, situe presqu'" la même altitude que celle de cette petite ville où il s'etait installe en pleine maturite.  
 
Des bâtiments elegants d'où parviennent les chuchotements d'une epoque pleine de charme et romantisme, des rues où l'on rencontre tous les jours des gens aux visages sereins, le panorama inegalable du Mont Blanc et les beautes montagneuses des alentours, produisait pour cette ville-station une fascination speciale. Paradis blanc en hiver, veritable paysage feerique, avec des forêts seculaires et des pres fleuris en ete, ce coin de paradis semble delivrer l'homme des tenèbres des pensees et le transposer dans un monde pure, tranquille, patriarcal, qui semble avoir ete cree par Dieu justement pour purifier l'âme et l'esprit.  
 
St Gervais aujourd'hui est connue comme etant l'une des station preferee des celebrite (acteurs, ecrivains, hommes politiques): c' est un endroit parfait pour les vacances puisqu' elle offre des activites ludiques et sportives multiples, remplissant toutes les conditions pour la nommer la perle des Alpes. Les pistes de ski et les patinoires, les installations de transport câble qui lient les stations de cette region, le snowparc amenage, attirent en hiver de nombreux touristes qui certainement reviennent en ete jouir des beautes du site et des possibilites de loisirs qui abondent partout. L'eau termale utilisee " des fins medicales puis esthetique depuis plus de 200 ans, les dizaines de sentiers de montagne et les endroits non atteints par la civilisation (où l'on oublie qu'on vit dans le siècle de la vitesse, en se retrouvant dans l'ondoiement des fleurs ou le chant des dizaines d'espèces d'oiseaux qui vivent dans les forêts), des terrains de golf ou de tennis, des manèges, la possibilite de pratiquer des sports extrêmes) tout ça fait partie des merveilles offertes par la ville de Saint-Gervais d'aujourd'hui, ville qui a adopte pendant huit ans mon vieux Miticã ... Ce n'est pas une petite ville isolee de la civilisation, au contraire, elle se trouve " une heure de l'aeroport de Genève, et au pied de la montagne les trains a grande vitesse s'arrêtent en gare du Fayet.  
 
A cause de son esprit toujours vif, n'importe où il se trouve, Dumitru Sinu trouve chaque fois quelque chose qui raisonne avec son milieu; c'est ce qu'il a fait " Saint-Gervais, en jouant avec les mots il a compose un court poème amusant au sujet de la passion pour les sports d'hiver: “Ah! Qu'il fait bon patiner/ Si tu savais qu'il fait bon/ J'aimerais toujours patiner/ Jamais etudier/ Ah! Qu'il fait bon patiner!”. Après avoir reflechi ensuite aux implications sur le choix entre les etudes ou leur renoncement en faveur des distractions, le poème continue: “ Ah! Qu'il fait bon près du tableau noir/ Savoir toutes les bonnes reponses/ On te donne un 8 en te disant: va " ta place / Ça va mal près du tableau noir/ Quand on ne sait pas les reponses/ On te donne un 3 et on te giffle/ Ça va mal près du tableau noir!”. C'etait lorsque ses enfants avaient dej" commence " etudier en France.  
 
Il n'y avait pas beaucoup d'immigrants " Saint-Gervais. Mon vieux Miticã ne se rappelle que d'un Australien et d'un Anglais qui vivaient l" -bas. Ils se connaissaient tous, c'etait une petite communaute, tranquille, armonieuse et il etait impossible de ne pas observer chaque nouvelle personne arrivee " Saint-Gervais.  
 
Quelques Roumains de valeur au pied des Alpes  
 
Saint-Gervais etait aussi la ville d'adoption pour d'autres familles roumaines. Après l'arrivee de Dumitru Sinu, ce fut Cornel Crişan qui le suivit, celui qui lui avait indique cet endroit. La femme de Cornel etait française, nee " Paris; ils avaient cinq beaux garcons, un mariage heureux mais parfois, quand il entendait Madame Nicole Sinu parler roumain très aisement, il grondait son epouse en lui montrant la femme de Miticã: Mais elle, comment a- -t elle appris le roumain?, car sa Française ne savait que quelques mots en roumain. Malheureusement, Madame Crişan est morte assez jeune ...  
 
Cornel Crişan etait un brillant ingenieur chimiste. Grâce " ses brevets d'invention il est devenu très connu dans le monde de la science parce qu'il a reussi " breveter quelques types de medicaments. Il a reçu une bonne pension de l'État français. Mon vieux Miticã se souvient qu'il recevait environ 5000 francs, ce qui etait beaucoup! Il est mort il y a peu de temps, l" -bas, " Saint-Gervais, la ville des souvenirs de mon vieux Miticã ...  
 
Il n'a jamais pu oublier ces gens, parce qu'ils etaient tous d'une qualite irreprochable, il les a toujours aimes et estimes.  
 
Comment est-il possible d'oublier une personne comme Vasile Ţâra, originaire de la ville de Bistrita et qui aimait tant les livres, comme je vous l'ai dej" exlique dans un precedent chapitre? Excelent en classe, licencie " la Sorbonne, il travaillait dans l'enseignement et jouissait d'une reconnaissance speciale de la part de la societe culturelle française. Il etait marie " une femme asiatique, dans les veines de laquelle coulait le sang bleu d'une dynastie de la lointaine Indochine. Ils ont toujours entretenu des relations d'amitie. N'oublions pas le fait que Vasile lui avait envoye le croquis du passage de la frontière française, quant il se trouvait encore en Italie. Et voil" comment, après de nombreuses annees, le destin permet leur rencontre " Saint-Gervais.  
 
Un autre cher ami dont Dumitru Sinu se souvient avec plaisir est l'architecte roumain Elian. Neveu de l'illustre Gheorghe Tătărăscu, ex-premier ministre de la Roumanie d'entre les deux guerres mondiales, Elian a ete le plus heureux quand mon vieux Miticã est venu " Saint-Gervais. Ils se rencontraient presque chaque jour et il n'oubliait jamais de lui dire: Mon vieux Miticã, je suis tellement heureux de te voir ici, car je ne parle plus roumain avec personne!  
 
Un homme beau, grand, costaud et très intelligent, Elian etait marie et il avait deux enfants: un garçon et une fille. Sa femme non plus n'etait pas roumaine. Mon vieux Miticã ne se rappelle plus son pays d'origine, l'Estonie ou un autre petit pays du continent, mais il sait qu'elle avait etudie " la faculte de medecine de Roumanie et avait " Saint-Gervais son propre cabinet medical. Madame Eliane est morte elle aussi, assez jeune, tout comme la femme de Cornel Crişan. Le fameux architecte vit encore aujourd'hui et Sandra, la fille de mon vieux Miticã lui rend souvent visite pour ainsi continuer ce que son père avait commence longtemps auparavant, " savoir converser avec Elian dans la langue douce d'Eminescu.  
 
Au diner avec la famille Tătărăscu  
 
Mon vieux Miticã se trouvait encore dans la station de Saint-Gervais, quand la mère d'Elian visita son fils. Madame Elian etait l'une des soeurs de Gheorghe Tătărăscu.  
 
Le liberal Tătărăscu a eu des fonctions importantes dans les gouvernements de la Roumanie d'entre les deux guerres mondiales, " plusieurs reprises: premier-ministre de janvier 1934 " decembre 1937 puis de novembre 1939 " juillet 1940 et ministre des affaires etrangères d' octobre 1934 " fevrier 1938 et encore de 29 mars 1938 " decembre 1947.  
 
Gheorghe Tătărăscu venait d'une famille de boyards de la region de Gorj. Il a etudie le droit et l'economie " Paris, et a eu une activite politique prodigieuse. On peut dire beaucoup de choses sur cette personnalite, sur laquelle beaucoup d'entre vous avez certainement lu, son nom etant reste ecrit en majuscules dans l'histoire du peuple ... En 1950, il y avait 11 membres de la famille Tătărăscu dans les prisons communistes: Gheorghe Tătărăscu et ses quatre frères, Sandra - la fille du haut fonctionnaire, trois cousins et deux tantes de l'homme politique roumain. Ces deux dernières n'ont pas resistees et se sont suicidees pendant leur detention. A Paris, où le frère de Sanda Tătărăscu etudiait le droit, un autre malheur est arrive: après avoir entendu que son père avait ete arrête, le fils de Tătărăscu a eu une crise de schizophrenie. Il est mort en 1969, dans un asile Parisien ...  
 
Mon vieux Miticã, le voil" maintenant " table avec la soeur d'une illustre personnalite de la Roumanie d'entre les deux guerres mondiales, la mère de l'architecte Elian. Les membres de la famille Sinu etaient invites souvent " dîner chez Elian et ils passaient ensemble beaucoup de temps. Madame Elian, très distinguee, delicate, eduquee et très amicale etait fascinee par les histoires de vie de refugie de mon vieux Miticã et lui disait souvent: “Vous avez eu une vie si palpitante, personne ne l' a ecrite?”  
 
Mon vieux Miticã avait souvent dit " Vasile Ţâra, qui etait souvent present aux rencontres avec la famille Elian, “Moi, je t'ai dit de commencer " ecrire quelque chose! “mais il repondait avec le même calme impassible : “Miticã, moi aussi je t'ai dit que ceux qui ecrivent sont plus nombreux que ceux qui lisent.”  
 
Est-ce que c'est Madame Eliane qui a stimule mon vieux Miticã " rassembler ses souvenirs dans ses notes? A part d'autres choses, l'interêt de cette dame cultivee pour la connaissance de sa vie de refugie l'a convaincu qu'un jour il allait ecrire ses souvenirs dans un livre.  
 
Parfois, mon vieux Miticã invitait Madame Elian " la promenade car il avait beaucoup de temps libre et lui parlait indefiniment des secrets, joies et pièges de l'exil, des gens et des endroits, de l'histoire et la culture. A son tour, il etait etonne par la culture vaste de Madame Eliane et par la facilite avec laquelle elle parlait le français et l'allemand. Sa curiosite impetueuse l'a pousse un jour " lui demander comment elle avait reussi cette performance ? “Mon ambition a ete de parler aussi bien qu'eux !” a ete la reponse simple et claire de la dame distinguee. Madame Elian n'est pas restee longtemps " Saint-Gervais, elle a demenage chez sa fille qui habitait Paris.  
 
“Tout le monde s'embrasse " Saint-Gervais!”  
 
Un cadre familial s'est instaure " Saint-Gervais car ils se connaissaient tous. “Nicole embrassait toutes les femmes quand on entrait dans un magasin. Je devais attendre jusqu'" ce qu'elle les embrassait toutes, en France tout le monde s'embrasse”- me clarifie tout en riant mon vieux Miticã. C'etait une communaute qui vivait en pleine harmonie et dans une ambiance amicale.  
 
Les Roumains de Saint-Gervais et Miticã dînaient souvent avec le maire, le chef policier, les medecins et les professeurs. “Les policiers etaient aimables, il n'y avait pas de problèmes dans les villages”, soutenait Miticã et les intellectuels etaient unis. Il y avait des amis français aussi, et, bien qu'il adorât parler avec des personnes intelligentes, cultives, Dumitru Sinu ne faisait pas de discrimination: s'il etait " table avec des hommes politiques, des intellectuels connus ou toute autre personnalite et apparaissait un homme simple qu'il connaissait, il n'hesitait pas " l'inviter " leur table et le traitait avec respect en le faisant se sentir aussi important que les autres. Mais il avait quatre amis français, un medecin, un journaliste et un professeur avec lesquels il aimait sortir et rester des heures dans un cafe, en abordant des thèmes vastes et varies de sa vie, de la politique, de la culture ou de tout autre domaine.  
 
Quand mon vieux Miticã entrait dans un restaurant tout le monde se levait, y compris les pesonnes âgees- “Comme chez nous dans les villages!”- precise Miticã Sinu. Il se rappelle qu'une fois un de ses amis des Etats-Unis, Aurel Lungu est venu en visite " Saint-Gervais. Celui-ci fut très etonne par l'integration de mon vieux Miticã l" -bas et lui a demande: Mais comment est-il possible que tous ces gens te connaissent? Simplement: il a toujours su être agreable, respecter et c'est pourquoi il a toujours ete respecte, il a aime les livres et leur auteurs et il a partage la joie de la connaissance avec ses amis.  
 
Parce que j'ai reussi " très bien connaître Dumitru Sinu, je ne pose pas de telles questions, parce que sa manière d'être est unique, et il est impossible que quelqu'un qui le connaît ne l'aime pas.  
 
Les fêtes traditionnelles françaises et religieuses constituaient d'autre occasion pour un plus grand rapprochement des habitants de la ville de Saint-Gervais. Ils savaient se distraire d'une manière originale, ils chantaient tous, dansaient, s'embrassaient tous en sortant dans les rues.  
 
Parce que Saint-Gervais est près de la frontière de la Suisse, mon vieux Miticã emmenait sa famille assez souvent dans le pays des cantons et ses enfants adoraient les hamburgers suisses! “ Ils etaient plus chers mais ils etaient très bons!”- m'expliquait mon vieux MIticã en souriant.  
 
“Viendra un temps où l'on boira du champagne chaque jour!”  
 
La vie de la famille Sinu n'a pas ete toujours heureuse. Il y a eu aussi des periodes difficiles quand ils ont d" se soutenir l'un l'autre, avoir de la patience et de l'espoir pour des temps meilleurs. Mon vieux Miticã se rappelle que durant les periodes difficiles il avait promis " Nicole que viendrait le jour où ils pourront boire du champagne tous les jours! A Saint-Gervais le rêve des deux epoux qui ont traverse des periodes difficiles et des periodes de prosperite, semblait devenir realite.  
 
Un jour, Madame Nicole fut surprise par son mari qui lui apporta 14 bouteilles de champagne. Il avait tenu sa promesse et durant 7 jours ils ont bu du champagne chaque jour. Le temps promis " sa chère femme est venu et les voil" avec leurs enfants jouir d'une vie plus s" re, plus tranquille et meilleure. Mais, après les premieres sept bouteilles de champagne, ils ont decide de garder les autres et les ont savourees, une par une, quand ils recevaient la visite d' amis chers. Ils etaient heureux " Saint-Gervais, ils etaient vraiment heureux!  
 
“L'Amerique, c'est l'Amerique!”  
 
Le contact avec les Étas-Unis n'a jamais ete interrompu par Dumitru Sinu durant tout son sejour " Saint-Gervais: il y revenait pout acquitter ses taxes " l'État americain. Il y avait une affaire qui devait être managee et surveillee et il devait surtout remplir les declarations d'impots sur le revenu au debut de chaque annee, pour l'annee precedente.  
 
Bien que Saint-Gervais ait constitue pour lui et sa famille une periode de vie merveilleuse, avec des souvenirs inoubliables, un endroit où il s' est senti " l'aise, où il a eu des amis d'elite qui l'ont apprecie et aime, il parraît que l'Amerique, la force qui y attire des gens du monde entier, y compris des États avec un puissant moteur de developpement economique, l'ont determine " revenir au Nouveau Monde. “L'Amerique, c'est l'Amerique!” c'est l'endroit qui l'a toujours attire, où il a vu son rêve s'accomplir dès son arrivee.  
 
Après huit ans " Saint-Gervais, mon vieux Miticã decide de revenir aux États- Unis. Il s'etablit cette fois " Reno, Nevada. Quitter Saint-Gervais n'a pas ete facile, parce que Sandra et Nicolae sont restes l" -bas pour finir leurs etudes, mais il a pris cette decision sans hesiter. L'Amerique lui manquait et il ne pouvait pas ne pas repondre " ce desir de son âme. Nicole est revenue aux États-Unis après quelques annees, après avoir fini ses etudes au lycee, et Sandra s'est mariee avec un Français et est restee l" -bas.  
 
Des enfants qui reussissent, des parents contents ... . une famille heureuse!  
 
Sandra et Philippe, son mari, habitent aujourd'hui encore " Saint-Gervais. Ils ont deux enfants, un garçon et une fille. Ils visitent periodiquement leurs parents, mais ce sont les petits-enfants qui arrivent le plus souvent " Phoenix. Mon vieux Miticã en est fier et très content, surtout parce qu' il les voit satisfaits et qu'ils n'oublient aucun instant leur racines roumaines.  
 
Philippe est le proprietaire d'une compagnie de façonnements metaliques où l'on realise d'une manière très artistique des objets de menuiserie, des objets pour l'interieur, des palissades, des balustrades, des accessoires ornamentaux pour l'interieur ou l'exterieur, le tout execute d'une manière speciale, qui les distinguent des autres produits similaires de Saint-Gervais et des alentours. Mon vieux Miticã me parlait des outillages performants que son beau-fils avait acquis et de la qualite eleve de son travail. Il est content et fier en même temps de savoir sa fille " l' abris et heureuse " cote de son mari qui l'aime. Et pour que la satisfaction et la joie de Dumitru Sinu soient plus grandes, Sandra et Philippe ont rachete la maison paternelle " Sebeş, la ville roumaine de son enfance. Ils l'ont renovee, equipee avec tout ce qui est necessaire pout être une maison confortable, pour se sentir " l'aise et ils vont chaque annee en Roumanie. Leurs enfants aiment la montagne, adorent les sentiers des alentours du village de Sebesul de Sus, en reussissant " parcourir les traces des montagnes Suru et Negoiu, mais aussi ont-ils parcouru une grande partie des montagnes Fãgãraş.  
 
Les petits-enfants nes et eleves " Saint-Gervais, mais aussi avec cette petite partie-l" de sang roumain qui coulait dans leurs veines, sont arrêtes dans les rues du village par des autochtones qui leur disent: “Je sais qui vous êtes! Voue êtes de la famille du vieux Niculiţã!” (le grand-père de mon vieux Miticã)  
 
Ils ne savent que quelques mots de roumain mais ils ont une forte relation avec Sebeşul de Sus; c'est ici que leur grand-père est ne et par eux, par leur presence ici, chaque annee, avec l'amour pour les gens et les lieux, le coeur de mon vieux Miticã sera toujours chez lui et va battre " la roumaine.  
 
“Tout ce que l'homme possède n'a plus de valeur " un certain moment”- me disait mon vieux Miticã, en faisant reference " la periode de Saint-Gervais! Les annees passees dans cette ville ont eu leur charme, les enfants se sont formes dans les ecoles françaises, comme il l' avait desire, il a ete heureux, tranquil, il a eu des amis, mais il avait commence " en avoir assez et est alors revenu aux États-Unis. Cela avait ete bien, mais la vie de la famille Sinu devait suivre une nouvelle trajectoire.  
 
Plein de vie comme d'habitude, mon vieux Miticã me disait en souriant " la fin de cette rencontre: “On ne peut pas tout avoir, car il est impossible de faire face!”  
 
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Traduit par Prof. Carmen Margan  
 
Octavian D. CURPAŞ  
Phoenix, Arziona  
Juillet, 2012  
 
 
 
Referinţă Bibliografică:
Octavian CURPAŞ - LE RETOUR À SAINT-GERVAIS / Octavian Curpaş : Confluenţe Literare, ISSN 2359-7593, Ediţia nr. 587, Anul II, 09 august 2012, Bucureşti, România.

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